vendredi 15 mai 2026

Prévision estivale 2026

Forcé d'admettre que depuis un an, soit lors des 4 saisons depuis l'été dernier, les prévisions saisonnières que j'ai publiées se sont avérées particulièrement justes: un été normal et agréable (ni frais, ni pluvieux), un automne magnifique, un hiver froid ou neigeux et une impression à la fin mai d'avoir connu un printemps plutôt moche (citation sur les ondes de Cime Fm). Il s'agit de relire les dernières publications de ce blogue ou encore de réécouter l'aperçu du printemps dans la section Médias/Radio de Météo Laurentides pour s'en souvenir. Or, de grandes perturbations océaniques et atmosphériques se mettent en place de sorte que la prévision estivale 2026 s'annonce hautement plus incertaine.

En effet, le phénomène El-Nino sera de retour cet été pour se poursuivre cet automne et possiblement l'hiver prochain. Nous en entendrons certainement beaucoup parler au cours des prochains mois, car de plus en plus de données pointent vers un épisode majeur au potentiel historique. Le temps que prendra ce phénomène océanique à se mettre en branle ainsi que la rapidité avec laquelle son intensité interagira avec l'atmosphère planétaire auront un fort impact sur les prochains mois. Ainsi, mieux vaut ne rien gager sur la chose ou planifier vos vacances en fonction de cela, car les modèles saisonniers ne s'entendent pas beaucoup non plus.

De manière générale, la mise en place d'un épisode El-Nino en été tend à nous amener une anomalie de pression négative, un influx d'air un peu plus nordique et des précipitations près ou au-dessus de la normale. Cela commence à se refléter légèrement sur les modèles saisonniers de sorte que je crois qu'il faut s'attendre à un été un peu décevant. Des conditions plus nuageuses, fraîches et pluvieuses que la normale seraient donc au rendez-vous de vos BBQ.

De manière plus précise, en contexte estival, cela ne veut pas dire des semaines complètes sans soleil, mais un plus grand nombre de systèmes qui apporteraient des journées complètes sous la pluie, oui, ou des averses plus fréquentes pouvant compliquer les travaux de peinture ou de teinture. Par contre, le penchant positif de la chose est un risque plus faible de longues canicules, de feux de forêt et de temps violent lors d'épisodes orageux qui pourraient quand même être assez réguliers avec la présence d'air froid en altitude causée par un écoulement d'air en provenance du nord-ouest comme préalablement mentionné.

L'Enfant Jésus (surnom espagnol donné au phénomène El-Nino) réserve toujours des surprises de sorte qu'il n'est pas vain de commencer à prier ou à mettre votre chapelet sur la corde à linge si vous vous mariez cet été afin que cette prévision un peu moche ne se réalise pas du tout cette fois. J'en serais le premier très heureux.

Bon été!


lundi 16 mars 2026

La météo expliquée: Grésil et pluie verglaçante. Solide ou liquide?

 

On le sait tous. Pelleter 15 centimètres de neige mouillée est pas mal plus éreintant que 15 centimètres de neige poudreuse. Pourquoi? Parce que 15 centimètres de neige mouillée contiennent l'équivalent approximatif de 30 millimètres d'eau en réalité tandis que 15 centimètres de poudreuse ne contiennent que 5 à 8 millimètres. La chose est assez bien connue de la plupart des gens. Ce que plusieurs ignorent, c'est qu'on peut également distinguer différents types de grésil et de verglas aux impacts, comme la neige, très distinctifs. Dans ce nouvel article de la météo expliquée, je me propose de vous présenter les différentes densités de grésil et de verglas ainsi que leurs comportements une fois au sol.

Dans un article précédent, il avait été question de la formation des différents types de précipitations les plus connus: Neige, grésil, pluie verglaçante et pluie. Avant d'aller plus loin, il pourrait être intéressant de lire l'article ou encore de prendre connaissance de cette illustration.


Or, pour le présent article, nous allons uniquement nous attarder aux sections qui concernent le grésil et la pluie verglaçante.

Grésil (1 et 2)



Au-dessus de la zone 1, on remarquera que la couche d'air froid (bleue) est plus épaisse, plus dense, que vis à vis la zone 2. Ainsi, on imagine assez bien que la gouttelette qui traversera cette zone  aura pleinement le temps de geler. La résultante est que le grésil sera totalement granulaire et rebondira au sol pour s'accumuler comme la neige, mais à la manière du gros sel. Dans les faits, ce genre de grésil est honnêtement assez inoffensif outre les inconvénients habituels qu'on peut associer à la neige.

Là où les choses deviennent plus intéressantes, c'est dans la zone 2. À cet endroit, l'air chaud (en jaune) occupe davantage d'espace. À l'inverse, la couche d'air froid, elle, s'amincit. Bien qu'on parle toujours officiellement de grésil (particules de glace), celui-ci sera bien différent et ses conséquences seront plus marquées. En effet, ce qui se produit dans cette zone est que la goutte de pluie amorce sa congélation, mais n'a pas le temps de geler au complet. Comme la goutte commence à geler de l'extérieur vers l'intérieur, on se retrouve, comme un bonbon au centre mou, avec une particule de grésil partiellement gelée avec un centre liquide.


Au moment de toucher le sol, ce type de grésil n'aura pas tendance à rebondir, mais plutôt à éclater ou encore se compresser libérant du coup l'eau qu'il contient. On devine alors que l'eau gèlera au contact des objets, exactement comme du verglas. Solide ou liquide?

Or, les modèles météo ne font pas la distinction entre ces deux situations tout comme ils ne donnent généralement pas l'accumulation de neige au sol, mais combien de neige en équivalent eau s'échappera des nuages. C'est au météorologue de déterminer si la neige sera sèche ou humide et si elle aura tendance à être poudreuse ou à se compacter. Si cette tâche s'avère assez simple dans les faits et que des algorithmes et techniques existent pour estimer la chose (parfois avec succès et parfois moins), cela n'est pas le cas en ce qui concerne le grésil. Non seulement les modèles parleront uniquement de grésil, ils auront de la difficulté à bien identifier le type de précipitations à la frontière entre le grésil et la neige ou le grésil et la pluie verglaçante. Pourquoi? Parce que contrairement aux illustrations précédentes, l'air chaud qui entre en contact avec l'air froid ne le fait pas de manière parfaitement droite ou linéaire. Cela n'a rien d'un beau triangle. En vérité, c'est plutôt chaotique et sous forme d'ondulations. Ainsi, en un endroit donné, on se retrouve avec suffisamment d'air froid pour que la goutte gèle complètement tandis que quelques kilomètres plus loin à peine, une légère protubérance de la couche d'air chaud fait en sorte que la goute n'a pas le temps de geler complètement et se comportera comme du verglas. Pourtant, dans les deux cas, on parlera de grésil.

Pluie verglaçante (3 et 4)


Si on se tourne cette fois vers la zone 3, on remarquera que la goutte atteint le sol sous forme liquide. Toutefois, l'air froid y est assez présent ou dense. Imaginons qu'il fait -10C, car oui, de la pluie verglaçante peut survenir à des températures aussi froides et davantage. On devine que la pluie aura rapidement tendance à geler au contact des objets. Rapidement, une trentaine de millimètres de pluie verglaçante pourrait former une couche de 1 centimètre ou plus sur les surfaces et les branches. On parlera d'un verglas très dense et impactant.

À l'inverse, si on se retrouve dans un scénario comme dans la zone 4 et qu'il ne fait que 0C ou -1C, la pluie verglaçante peinera à adhérer aux surfaces notamment aux arbres contrairement aux voitures car ces surfaces sont plus chaudes. Le même 30 mm de pluie verglaçante dans ces conditions aura beaucoup moins d'impact que s'il faisait -10C. On parlera alors d'un verglas poreux. De plus, comme la température au sol est l'une des composantes météorologiques qui varient le plus, un endroit exposé au vent, le fond d'une vallée ou le sommet d'une montagne peut voir des différences de plusieurs degrés. Ainsi, selon le type de précipitations et la température au sol, les conséquences seront très différentes entre chez vous et quelques dizaines de kilomètres plus loin. Comme la neige mouillée ou poudreuse qui influencera les accumulations réelles de neige au sol, c'est l'accrétion de verglas qui importe beaucoup plus que la quantité de pluie verglaçante qui s'échappe des nuages, et ça, c'est largement méconnu et galvauder dans bien des cas. Voilà pourquoi Météo Laurentides, sur sa carte d'accumulations ou de temps potentiellement dangereux, s'efforce généralement de transposer les quantités de pluie verglaçante en accrétion de verglas.

En conclusion, ce n'est objectivement pas simple de parfaitement prévoir les mélanges en météo. Chaque degré, voire chaque dixième de degré peut avoir son importance. Lorsque la colonne d'air est parfaitement au-dessous de zéro ou encore au-dessus, les choses sont simples. Il neige ou il pleut. Toutefois, lorsque 20 à 30 mm de précipitations tombent dans un environnement où le point de congélation est dépassé à quelque part dans la colonne d'air, tout, mais vraiment tout peut arriver. Jusqu'à un certain point, les modèles météo ne sont pas totalement inutiles, mais ils sont loin d'être parfaits et il en va de même pour les prévisions météo dans ces conditions.